L'HISTOIRE D'UNE BRIGADEde Sloane Huguenin
Ils sont trois à faire partie de la seule brigade des squats qui existe. Trois hommes dont le métier consiste à gérer le phénomène squat à Genève. Comment définissent-ils leur travail? Quelle est leur position par rapport au reste du corps de police? Que pensent-ils de la soi-disant tolérance qui prévaut en matière de squat à Genève? J'ai rencontré M. Monbaron qui a rejoint le duo, il y a deux ans et demi, pour former l'équipe actuelle. Il nous a accueilli dans leur QG, parmi les dossiers et les souvenirs récoltés au cours de leurs interventions: lance-pierres, fusées d'alarme et pétards... Pourriez-vous nous parler de la naissance de la brigade des squats? Pour comprendre le pourquoi de la brigade des squats, il faut remonter aux années 80, parce qu'à cette période il y avait une crise immobilière assez importante à Genève. On se rendait compte qu'il y avait passablement de b âtiments qui étaient vides et faisaient l'objet de spéculations immobilières de la part des propriétaires qui achetaient un b âtiment un million et qui le revendaient une semaine après, deux voir trois millions. Donc évidemment, d'un côté on avait une pénurie de logement et de l'autre côté on avait des gens qui s'enrichissaient. Donc on a eu ces opérations massives d'immeubles squattés qui débouchaient systématiquement sur une plainte et là , le procureur général donnait l'ordre d'évacuation et on se retrouvait avec la police qui arrivait en force, embarquait tout le monde menottes aux poings et les gens étaient évacués. Donc le Conseil d'état, en collaboration avec différents partenaires, s'est penché sur le problème et il a été décidé, avec le procureur de l'époque qui était monsieur Bertossa, que dans un cadre bien définit il y aurait une certaine tolérance qui serait instaurée en matière de squat. La tolérance qui prévaut encore actuellement est que si l'immeuble qui vient d'étre squatté est vide et qu'il n'y a aucun projet soit de reconstruction, soit de relogement d'une tierce personne par l'entremise d'un bail ou autre chose, hé bien le procureur général n'ordonnait pas d'évacuation immédiate des squatters. Quelles sont vos fonctions, votre mandat? Alors nous, notre fonction c'est dans un premier temps, dès le moment où l'on reçoit une plainte d'un propriétaire, d'aller sur place pour connaître les gens qui squattent et de les identifier. Alors on se rend compte qu'on rencontre souvent les méme personnes à la longue, parce qu' il y a quand méme un cocon on va dire, un microcosme de squatters, c'est quand méme toujours les mémes personnes qui reviennent un petit peu sur le tapis. Donc voilà , notre travail c'était d'abord de prendre contact avec les gens en place, de les identifier et puis après on devait donc rendre un rapport au procureur général en lui expliquant la situation et ensuite on attendait son ordre pour l'évacuation. Dès le moment où on avait cet ordre, on y retournait et si on n'avait pas de problème particulier dans le squat on n'y allait pas régulièrement je dirais, si tout se passait bien on retournait peu de temps avant la date butoir. On allait trouver les gens, discuter avec eux et on leur expliquait qu'ils devaient partir et les raisons pour lesquelles ils devaient partir. En règle générale, 9 fois sur 10 les gens partent à la date qui est demandée par le procureur général. Ce qui est donc très intéressant pour l'image de la police parce que ça implique qu'on n'emploie pas la force, donc c'est toujours mieux que de dire: il y a 100 flics qui ont débarqués, des rambos qui ont tapé sur tout le monde. Vous voyez que ça ne fait pas une très bonne presse. Donc nous on travaille toujours en civil, on n'est jamais en uniforme, pour plusieurs raisons : On se rend compte qu'on travaille quand méme avec une partie de la population qui est assez allergique à toute forme de police, d'accord? Donc déjà le fait qu'on soit flic, ils ont un peu de la peine, si en plus on est en uniforme avec la casquette, là ça passe carrément très très mal, vous voyez? Donc c'est aussi une question de logique d'étre en civil. D'un côté on ne peut pas essayer d'instaurer un dialogue et de l'autre côté... Vous voyez avec une main on instaure le dialogue puis avec l'autre on va taper. Donc non, notre rôle est bien clair, par rapport aux squatters on est plutôt un organe de médiation, voir de négotiation. Justement, vous avez un rôle un peu différent. Vous qualifieriez-vous de médiateur? Ben disons que moi personnellement, je me suis toujours demandé pourquoi j'avais fait policier. Je ne le dis pas trop fort. Non mais c'est vrai parce qu'en fait je n'aime pas l'uniforme et puis je n'aime pas ce qui est militaire. J'ai fait mon armée comme tout le monde, mais je n'aime pas ça. Par contre j'ai fini par étre policier, alors vous voyez... Et finalement je suis très content d'avoir fait ce choix, je n'ai jamais regretté. Ca fait bientôt 20 ans que je fais ce métier, à aucun moment je ne l'ai regretté. Pourquoi? Parce que de par mon caractère et puis mes envies, j'ai pu me mettre dans des places de travail qui correspondaient à ce que moi je percevais du métier. Méme pour des gens qui sont un peu atypiques dans la profession, parce qu'on voit le flic souvent un peu carré comme ça... Je ne me définirais pas du tout comme ça, je serais beaucoup plus proche de l'assistant social ou... Vous voyez? D'une personne qui a un rôle plus social. Vous aviez avant, les gardes-champétres dans les villages, par exemple. C'est un peu comme le curé. Donc les gens vous connaissent, il y a une relation qui s'installe. L'important, je pense, quand méme, dans le travail qu'on fait, ça j'en suis persuadé, c'est d'aimer les gens, si vous n'aimez pas les gens, si vous n'aimez pas parler avec les gens, je veux dire il ne faut pas faire ce métier. ‚a, ça me paraît primordial. Indépendamment du fait que vous considériez que c'est bien ce qu'il font, que ce n'est pas bien etc... je veux dire, chacun dans la vie fait ses choix. D'accord? Maintenant, vous me direz, il y a des gens qui n'ont pas le choix, mais malgré tout, méme si au départ ce n'est pas favorable pour eux, à un moment donné ils vont quand méme dans une direction; qu'ils assument cette direction, ce n'est pas à moi de juger ces gens-là par rapport à ce qu'ils font. Je ne le fais pas. Alors c'est vrai que des fois je le fais, parce qu'on est comme tout le monde, des fois on a des faiblesses aussi, puis on dit : Il est con celui là , vous voyez? Mais, logiquement, on ne doit pas le faire. Ces gens sont là , ils ont leurs propres raisons, leur propre histoire etc... D'accord? Alors c'est vrai que la tolérance et l'amour des gens c'est primordial. Ce que je trouve dommage, malgré tout, c'est que bien souvent on se rend compte qu'il y a une énorme intolérance dans le milieu des gens qui squattent, alors c'est pas une majorité, mais c'est quand méme assez marqué. Intolérance par rapport à la police, par rapport à la société...Vous voyez? Alors, c'est des gens qui veulent absolument des droits, ils pensent qu'on leur doit ces droits, mais par contre ils n'arrivent pas à comprendre qu'il n'y a pas qu'eux en fait. Et que méme si cette société ne nous plaît pas, on aimerait que ça change, il y a un cadre. Ce cadre, il faut essayer d'étre dedans pour que tout puisse mieux aller. Je pense que le premier cadre et ça c'est aussi le problème, le premier cadre que l'individu va trouver, c'est quand méme dans la cellule familiale. C'est ça qui est le plus important. Et si déjà au départ, dans cette cellule familiale, le cadre n'est pas clairement établi, ça va étre difficile d'en avoir un plus tard. Comment étes-vous perçus par vos collègues en tant que brigade des squats? Globalement, mes collègues ne se rendent pas réellement compte du travail que l'on fait. Donc on est souvent un peu jalousés, il faut étre clair. On est considérés comme des planqués on va dire. Voilà , je cherchais le terme, on est planqués. Parce que voilà , on n'a pas d'uniforme, parce qu'on ne doit pas se raser tous les jours, vous voyez, plein de petits détails comme ça. Alors certains ont un petit peu de la peine, forcément peut-étre qu'ils aimeraient également avoir les avantages qu'on a. Il faut étre clair, j'ai des excellents contacts avec la majorité de mes collègues, après c'est plus des questions de feeling avec certains. Racontez-nous une ou deux anecdotes liées à votre métier L'année dernière par exemple, peut-étre que vous en avez entendu parler, il y a eu au ch âteau de Malagny à Genthod, une tentative de squat de ce b âtiment. C'était assez chaud comme intervention, parce que bon il y avait un couple de concierges à l'intérieur du b âtiment. Et puis, à ce moment-là les squatters étaient environ 25. Quand vous voyez 25 gugus arriver, la moitié cagoulés, des tronches pas tristes, vous prenez peur, ces gens étaient vraiment terrorisés. Moi on m'appelle, j'étais donc de consigne, parce qu'en fait les trois on a un système de consigne : A tour de rôle, on est 24h sur 24 de piquet. Donc, c'était un samedi après-midi, j'étais du côté de Meyrin, je crois que j'étais à Mediamarkt en train de choisir des disques tranquillement et voilà que le téléphone sonne, alors on m'appelle: Ecoute il faut venir à tel endroit. Alors o.k. pas de problème, je pars sirène feu bleu et au moment où je rentre dans la propriété, je me retrouve en face de 25 squatters avec la voiture. Ils étaient masqués, ils me viennent dessus, j'ai dit: Oups, là je n'arrive pas à aller devant. Je n'avais qu'une seule alternative, visiblement ils ne me voulaient pas du bien, alors je me suis dit: Il faut que je fasse demi-tour et que je ressorte de la propriété assez rapidement. Et au moment où je sors de la propriété, je vois une voiture qui arrive sur la gauche, je tente l'accélération et pan! dans la bagnole! C'était extraordinaire, je me suis dit que ça commençait bien. Alors une dame descend de sa voiture. Je lui dis: Madame, ça va? Excusez-moi, j'ai dit, je vous ai vu trop tard... Elle me dit: Ecoutez, je suis enceinte, je crois que je vais accoucher. Je me suis dit, on reste calme. Je vous appelle une ambulance, attendez, détendez-vous, restez tranquillement assise, respirez. J'étais totalement responsable de l'accident. Alors bon je me souvenais des cours d'accouchement. Alors j'ai dit: Là c'est une situation assez extraordinaire ! Vous avez d'un côté les 25 squatters qui me sont arrivés dessus en se foutant de ma gueule, mais alors grave, moi d'un autre côté j'essayais de calmer la dame... Bon, ils sont arrivés relativement vite sur place, ce qui fait que je leur ai demandé de s'occuper de la dame parce que moi j'avais quand méme des squatters sur le feu, comme on dit. Vous voyez, ça c'est le genre d'anecdotes, c'est assez rigolo avec le recul. Vous vous étes déjà fait agresser? Avez-vous de mauvaises expériences qui vous restent en mémoire? Non, mais il y a des moments chauds des fois, c'est vrai qu'on fait un métier qui peut étre assez à risque. En règle générale ça se passe bien. Et souvent on est seuls, c'est assez particulier parce que normalement dans la police, on n'est jamais seul, on travaille toujours en patrouille et là nous on est relativement souvent seuls. C'est la raison pour laquelle, bon je suis toujours armé, je veux dire, il faut étre clair. J'ai eu des tentatives d'agression, mais qui n'ont jamais abouti parce que je fais pas mal de course à pied donc ça me permet de partir très vite. Des fois il y a des gens qui cherchent l'affrontement quand méme. Vous pouvez avoir, notamment à la Faucille lorsqu'on a eu l'évacuation, c'était au début de l'année 2002, au mois de janvier, on a évacué des immeubles qui appartenaient à la ville et là , lorsqu'on est arrivé le matin, vous aviez à peu près 50 personnes qui avaient érigé des barricades dans la rue, qui avaient déjà mis le feu à certains matériaux et qui nous attendaient. Alors quand on est arrivé à 20 mètres d'eux, ils nous ont balancé des balles de golf à coups de fronde et des étoiles. Vous en avez une là -haut, je vais vous la montrer, vous voyez ce petit machin là . Vous voyez, ce genre d'outils. Alors bon, on se rend compte là qu'on n'est pas très désirés, on va dire. Mais, comme toute personne qui fait un métier à risque, ma foi, on les accepte, il n'y a pas que des bons côtés, il faut vivre avec, tout simplement. Etablissez-vous des dossiers par rapport aux squats? Vous voyez les dossiers qui sont là -bas? Vous avez des noms de rues, ce sont des endroits qui sont squattés. Alors immanquablement, puisque pour qu'il y ait squat, il faut qu'il y ait une plainte d'un propriétaire. Vous pouvez avoir un endroit squatté et le propriétaire, pour une raison qui lui est propre; c'est sa décision puisqu'il est chez lui, ne veut pas déposer plainte. A ce moment-là , on ne va pas considérer ça comme un squat puisque la police n'intervient pas sur le terrain privé, si ce n'est à la demande d'un propriétaire, d'accord? Donc, pour que nous intervenions, il faut qu'il y ait cette plainte. Donc, dès le moment où on a la plainte en main , ce qui arrive souvent dans les jours qui suivent, on ouvre le dossier et le squat est répertorié comme tel, d'accord? D'après vous, comment ça se fait qu'il n'y a qu'à Genève que cela se passe comme ça? C'est vraiment propre à ce canton. Oui, je pense que c'est propre au canton, parce que le canton de Genève a une connotation plutôt de gauche, malgré tout. J'ai des avis politiques, mais je ne fais pas de politique. Donc, je ne milite pour aucun parti. J'ai mes sensibilités, point. Par contre, je constate que si ça se passe comme ça, c'est qu'on a certains partis politiques dits «de gauche â qui sont quand méme pro-squatters, contre l'immobilier et puis qui manœuvrent je dirais en coulisse, qui utilisent à leur avantage le fait que les squatters investissent certains endroits etc ... Donc, je veux dire, c'est devenu aussi un petit peu la vie politique genevoise. Que pensez-vous, à un niveau personnel, de la situation des squats à Genève? Ben, je dirais qu'elle est bonne la situation des squats à Genève. Non franchement, vous étes dans un pays qui vous tolère, enfin dans un canton qui tolère cette activité. Je trouve quand méme que la société, pas tout le monde, mais la société, fait preuve d'une tolérance qui me paraît quand méme assez importante. Personnellement ça ne me dérange pas, tant que le cadre du squat est clairement défini. De nouveau on a un cadre, une limite qui est clairement exposée à tout le monde et si la société permet de vivre à l'intérieur de ces limites là , hé bien chacun trouve sa place. C'est bien. Par exemple, j'ai une anecdote. J'avais un squatter qui aime bien squatter parce que bon c'est sympa pour lui parce qu'il n'a pas beaucoup de thunes, donc c'est difficile d'avoir un appartement, mais en méme temps, ça le stresse d'avoir chaque fois une plainte derrière qui est pendante et puis hop, un jour il risque une condamnation parce qu'un jour ça peut déraper... Alors il me dit: Mais comment je pourrais faire? Moi je n'ai vraiment pas beaucoup de thunes. Et je lui dis: Mais écoute, ce que je peux faire, c'est que j'ai des contacts avec beaucoup de régies, et puis des fois des régies ont des objets qui sont en attente d'étre vendus, qui sont libres momentanément et ils n'ont pas envie que ça soit squatté, alors je lui dis: Si tu es correct, alors là je suis clair et net, je lui dis: Si moi je te propose, j'engage ma réputation. Par contre, j'ai dit: Si tu joues le jeu, si tu es correct avec ces gens, ce qui est important c'est là où tu vas aller, que tu rendes l'appartement dans le méme état que tu l'as trouvé et puis que tu partes quand ils te demandent de partir. Si tu respectes ces choses-là , qui me paraissent essentielles, je veux dire, c'est vraiment la base, on peut faire quelque chose pour toi. Alors je le propose à une régie, à un propriétaire. Maintenant, ça fait plus de deux ans que le gars change d'endroits, mais en accord avec la régie et ça se passe très bien. Alors on ne fait que des heureux parce que la régie est hyper contente. Elle dit: C'est vraiment génial, il nous rend service et puis lui il est content. C'est vrai qu'il déménage souvent, mais il ne paie pas de loyer, il ne paie que ses charges et puis en plus ça se fait légalement. Vous voyez? Nous dans l'histoire on est contents, on a rendu service à deux personnes, donc c'est super. La dernière fois, il est resté 8 mois dans un endroit, là ça fait depuis octobre qu'il est toujours au méme endroit... En l'occurrence, il est dans une maison au bord du lac, quasiment les pieds dans l'eau. Dans un endroit où moi je serais allé tout de suite! C'est dingue, c'est super, je trouve. Est-ce qu'on vous utilise aussi comme source de renseignements, au sujet des squatters, pour d'autres départements de police? Bon, je vois que votre question apparaît bien... Vous devez savoir quelque chose. Non, mais c'est intéressant comme question. Je vois que vous avez de bonnes sources d'information. Non, mais forcément, si vous connaissez des gens dans le milieu squatter, si vous discutez avec eux, ce serait intéressant de vous faire une idée de la manière dont ils nous perçoivent. Alors, je ne me fais pas d'illusions par rapport à ça. Mais, c'est vrai également que dans le milieu squatter, vous avez des gens qui sont proches des milieux anti-mondialisation, qui sont proches de tout ce qui se fait en matière de manifestation. Comme on les connaît, on va utiliser cette connaissance, ça me paraît clair, donc lorsqu'il y a une manifestation comme il y a eu samedi, par exemple, on n'est pas dans la manifestation, mais on est aux abords de la manifestation, on regarde ce qui se passe. C'est beaucoup plus simple de savoir qu'il y a telle et telle personne dans une manifestation ou de connaître cette personne. On ne cherche méme pas à se cacher parce que le fait de nous voir, ça va aussi mettre une certaine forme d'appréhension parce qu'elle se sent reconnue, vous voyez? Alors moi mon rôle c'est de voir ces gens parce que souvent on les connaît et puis de les repérer et de pouvoir renseigner mes collègues: Alors celui-là je le connais, il faudrait peut-étre le surveiller.
The Story of a Brigade We have interviewed one of the three members of the police brigade. It is a brigade of its own whose task is to administer the squat's phenomenon in Geneva, where the census of 93 of them can be taken. Mr Monbaron discusses the brigade's work policies and the difficulties one faces in being both a policeman and a negotiator. He describes his activity as being social and vindicates the importance of preventive order keeping. He also underlines both the necessities of having a liking for interpersonal contacts and being able to develop a trustful relationship with a social group that is ideologically on the fringe of socie. But to what extent these trustful relationships aren't a repression instrument ? It is in fact an argument that cuts both ways, for mediation and control are the quite characterisitic tools of the social peace keeping policy the genevan authorities exert. This reveals the identification problems a minority encounters, placed within a society in which conventions are based on the majority needs. |
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